Puisque ce n’est ni l’anniversaire de sa mort, ni celui de sa naissance, qu’il n’y a rien à célébrer, on peut parler d’un de nos héros fondateurs, Jean-Étienne-Dominique Esquirol (1772-1840) et en parler sérieusement. Esquirol nous a légué une œuvre qui, comme toutes les œuvres d’auteur, a subi par l’effet du temps une réduction à un petit nombre d’aphorismes.

Il nous a dit qu’un établissement de soins aux malades mentaux était, entre les mains d’un praticien avisé, le plus puissant des instruments de guérison. Qu’avons-nous fait de l’héritage puisque dorénavant ces établissements sont entre les mains d’administrateurs, de gestionnaires ? Parions qu’ils restent de puissants instruments, mais désormais de quoi ?

On nous dira que les soins sont maintenant centrés sur le dispositif extra-hospitalier. Craignons que celui-ci ne serve d’alibi à ces " externements " arbitraires que prévoyait Louis Le Guillant et dont le métro parisien semble être devenu la pièce essentielle…

La thèse, pour un médecin, est souvent indicative de ses orientations ultérieures. Celle d’Esquirol portait sur "Les passions considérées comme causes, symptômes et moyens curatifs de l’aliénation mentale". Même organiciste, même comportementaliste, on peut s’en souvenir et ne pas confiner aux seuls psychanalystes l’intérêt pour la psychogenèse. Quant aux psychothérapies, difficile dans ce contexte de continuer à croire qu’elles ne sont pas "religieuses" d’abord, médicales ensuite.

On attribue à Esquirol l’opinion selon laquelle un criminel ne pourrait commettre son acte qu’en état de démence. Car, dit-il " s’il n’était en état de démence, il ne pourrait commettre de crime ". Ce point de vue est sans doute bien optimiste et le reflet d’une époque consacrée à la déesse Raison. Mais ce n’en est pas une, de raison, pour fourrer au bloc les malades mentaux criminels qui constituent maintenant l’essentiel de la population carcérale : la prison serait-elle devenue une pièce essentielle du "dispositif de santé mentale" ?

On sait que la Loi de 1838 fut l’œuvre conjointe d’Esquirol, de Ferrus et de Falret, ses élèves, et qu’elle témoigne du souci d’empêcher que la maladie mentale ne conduise ailleurs qu’en des établissements sanitaires.

La réforme de cette Loi, en 1990, aboutira-t-elle à l’abolition du meilleur de son contenu ? Au demeurant, que pourrait-il advenir d’autre à une réforme inspirée, en fait, par le pire esprit démagogique ?

Esquirol fut aussi auteur, en révisant la classification de son maître Pinel. Démences, idiotie, manie, monomanies furent par lui offertes à la critique et à la révision de ses successeurs. L’invention en ces matières avait toujours été, jusqu’à nos jours, la prise de risque d’un seul. Depuis peu, on exige l’accord de tous c’est-à-dire la mort de la polémique, c’est-à-dire l’arasement de la pensée.

Souvenons-nous que c’est à cause d’une sorte de "conférence de consensus" que Giordano Bruno et ses idées connurent le sort que l’on sait…

Jean-Étienne-Dominique Esquirol fut certainement un de ceux qui mirent en œuvre les principes des Lumières que portaient les grands esprits de la Révolution. Ceux-ci ne se voulaient pas seulement éclairés mais encore vertueux. Pour certains de nos collègues, au-dessus d’un certain prix, la vertu se nomme maintenant pudibonderie…

Demain, Esquirol.

J-P. R.
Ajaccio

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 


l'Association des Psychiatres Stéphanois
et l'ASSOCIATION FRANÇAISE DE PSYCHIATRIE

co-organisent

le samedi 12 Mai 2001
à SAINT-ETIENNE (château de Saint-Victor-sur-Loire)

une deuxième Journée d'études sur le thème :

PENSER LA PSYCHOSE "AVEC" :
LA TRITHERAPIE DU PATIENT PSYCHOTIQUE,
"La psychothérapie, les psychotropes, l'institution".

La psychose, en dépit des différents abords dont elle a été l’objet, a démontré sa force de résistance à la thérapeutique. Un abord dans les trois dimensions psychothérapique, médicale et institutionnelle, n’est-il pas à être pensé en leur conjonction ? C’est en nous appuyant sur les travaux de D.W. Winnicott, et plus particulièrement son texte sur "la crainte de l’effondrement", mais aussi sur ceux de W.R. Bion et d’autres auteurs contemporains, que nous évoquerons l’abord psychanalytique de la psychose, en conjonction donc avec les abords médicamenteux et institutionnel.

9 H Accueil par le Dr Danièle GUILLAUME, psychiatre, Présidente de l’APLS.
9 H 15

Allocution d’ouverture par le Dr Christian VASSEUR, psychiatre, psychanalyste SPP, Secrétaire Général de l’AFP.

9 H 30

Sous la présidence de Christian VASSEUR : Dr Jacques DUFOUR, psychiatre, chef de service CHS de Bassens, Chambéry, psychanalyste SPP : " La Trithérapie du patient psychotique ".
Modérateur : Dr Christine LAMOTHE, psychiatre, psychanalyste SPP.

11 H Pause.
11 H 30 Table ronde et Discussion avec la salle, animées par les Drs J. DUFOUR, C. LAMOTHE, C. VASSEUR.
12 H 30 Déjeuner sur place.
14 H

Deux Exposés cliniques : " Quand la crainte de l’effondrement est du côté du thérapeute ".
• Mme Anna-Sophie GRANAT, interne en psychiatrie, et Mme Michèle GALLAND, infirmière psychiatrique.
• Dr Christophe AIMO, psychiatre, et Dr Françoise BOURGEOIS, psychiatre.

15 H Table ronde et Discussion avec la salle, animées par les Drs J. DUFOUR, C. LAMOTHE, C. VASSEUR.
16 H 15 Clôture des travaux.

Renseignements et inscriptions (300 F) auprès du secrétariat AFP : 147, rue Saint Martin - 75003 PARIS
Tél : 01 42 71 41 11 - Fax : 01 42 71 36 60 - E.mail : psy-spfafp@wanadoo.fr

Comité d’organisation : Dr Christophe AIMO, Dr Chantal ARTINIAN, Dr Françoise BOURGEOIS, Dr Catherine DELÉAGE, Dr Catherine GAUTHEY, Dr Danièle GUILLAUME, Dr Christiane KOLEDA, Dr Michel MARCON, Dr Philippe MERLEY.

 

 

 

 

 

 


Cette excursion sur les flancs de l’Aventin paraîtra au moment même où les Assemblées générales de l’AFP et du SPF prendront acte de la fin de mon second mandat présidentiel, après des mandats de secrétaire général adjoint, puis de secrétaire général. J’ai cru, depuis longtemps, que ce retrait marquait la fin de quelque chose ; et plus l’échéance se rapproche, plus je m’aperçois qu’il n’en est rien.

L’AFP et le SPF continuent et continueront leur aventure : on n’en a pas fini avec la promotion d’une psychiatrie de qualité reposant sur les paradigmes qui étaient ceux de nos créateurs. Même dans les périodes fastes, où il n’y a pas grand-chose à défendre, il y a toujours beaucoup à promouvoir, il y a toujours à élaborer, à découvrir, à formuler ou à reformuler.

Et pour ma part, j’ai cru –comme tous– que j’allais miraculeusement m’installer dans la position de l’ermite, pensif et penseur ; dans l’attitude du sage, loin des sources du quotidien. Mais on ne se refait pas ; et rien (l’histoire, l’entourage, le socius) ne vous autorise à vous " refaire ", en auriez-vous le goût.

Alors ! On continue à respirer, à manger, à vivre, à aimer et à se sentir " mobilisé " par tout ce qui arrive et peut arriver.

Et c’est vraiment bien comme ça !

S-D. K.
Paris

 

 

 

 

 


Le 18 novembre dernier à Ajaccio, Jean-Toussaint Desanti est intervenu au cours de notre Journée AFP sur la Réhabilitation. Son intervention nous aura marqués, c’est le moins que l’on puisse dire.

Le texte que nous présentons ci-dessous a été établi à partir de la trame manuscrite qu’il a bien voulu nous confier, et des souvenirs qu’a laissés son propos. Cette élaboration a bénéficié de ses conseils et de son concours attentifs, mais elle n’est sans doute pas sans défauts ou erreurs, imputables au seul transcripteur qui espère qu’on voudra bien l’excuser (J-P. Rumen).

Comme chaque fois que je m’adresse à une assemblée comme la vôtre, composée de personnes dont je ne peux, faute de compétence, partager exactement les soucis "professionnels", soucis enracinés dans leur pratique (dans le cas présent, celle de la psychiatrie et aussi de la psychanalyse qui peut éventuellement lui être associée), chaque fois donc qu’il en est comme je viens de dire, il me faut user de précaution, et du moins demander à l’assemblée de m’excuser. Mais de quoi ?

De mon incompétence, bien sûr, dans le domaine qui lui est propre. Mais cette demande d’excuses, je dois aussi la formuler à l’égard de moi-même. En quoi puis-je, moi qui ne suis ni psychiatre ni psychanalyste, ni analysé ni analysant, puis-je m’autoriser à m’interroger sur ce "concept" Réhabilitation qui, du moins il me semble, a acquis dans la pratique psychiatrique un sens qui lui est propre ? Alors que de la pratique en question, j’ignore tout, ne la connaissant que par des lectures et par conséquent pas du tout dans son effectivité, n’ayant jamais eu affaire –dans un souci explicitement thérapeutiqu – à la demande de quelqu’un qui souffre ? C’est donc en toute naïveté et en me rapportant seulement à l’expérience quotidienne et à nos façons ordinaires d’en parler que je peux me trouver, aujourd’hui, autorisé à prononcer quelques paroles au sujet de ce qui est nommé : Réhabilitation.

Je peux toutefois encore préciser que je n’ai rien contre l’usage du mot, tel que celui que peut en faire G. Vidon par exemple. Je n’ai rien pour non plus. C’est donc depuis une certaine place que je vais prononcer ces quelques paroles, celle de la philosophie, et plus précisément celle de la phénoménologie. Nous tâcherons de le faire en trois moments :

1) parcourir le champ sémantique du mot ;
2) isoler le sens qu’il a acquis dans la pratique médicale et, plus récemment, dans la pratique psychiatrique ;
3) rechercher si ce dernier sens, dès que se trouvent mises en pratique les procédures qu’il appelle, n’en exige pas un autre qu’il nous resterait à découvrir. C’est bien entendu le dernier point qui doit ici nous faire souci, les deux premiers étant simplement d’ordre " lexicographique ".

Faisons un rappel rapide du champ sémantique que recouvre le mot. On peut extraire le sens qu’il a pris dans la pratique médicale : rendre quelqu’un à nouveau capable de… Bref retour à l’origine :

a) re est un préfixe qui, quant à la prise en charge de son sens, marque une prise en charge dynamique, qui n’est pas une simple répétition mais une nouvelle effectuation de son sens dans une situation qui n’est pas nécessairement prévisible ou fixée ;

b) hab, habeo : racine latine, tenir fermement en main : se trouve dans les langues indo-européennes du groupe italo-celtique ;
habere : tenir en main ;
habitatio : le site où l’on s’installe et dans lequel on se tient ;
habitere : se tenir dans le site ;
habitudo : installation d’un sujet dans la façon dont il se tient ;
habilitatio : c’est un hapax dans tout ce qui nous est parvenu des textes latins (du temps où la langue était encore vivante) : le seul exemple se trouve dans Cicéron et on peut donc penser que le mot a été fabriqué par lui sans avoir jamais été repris dans l’usage du latin. Le mot a été formé sur habilis : qui sait comment tenir en main.

Reste la question du préfixe re qui marque une relation au passé, en vue d’une exigence que seul un avenir ouvert pourra manifester. La langue latine, du temps où elle était vivante, n’a pas permis la préfixation des mots de racine hab par le préfixe re ; on usait de périphrase dans ce cas. Mais les langues romanes issues du latin ont autorisé la formation de ces mots : réhabiliter, réhabilitation. Et c’est le mot rehabilitation, conforme à son origine latine, qui est passé dans l’usage anglo-saxon : rehabilitation désigne en ce sens l’enchaînement des actes par lesquels on rétablit quelqu’un dans ses capacités (désirer, penser, parler, travailler.., etc.). Nous allons donc réfléchir au sens du mot réhabilitation, conformément à ce que nous indique son origine latine "habere" : tenir en main et se tenir comme tenant en main, ou encore occuper le site où l’on se tient comme tenant en main. Le préfixe porte l’indication d’un rapport inébranlable de ce site au temps, tel que le vit celui qui –se tenant en main– peut "perdre la main" qui tient et ne plus se tenir soi-même. Si nous interprétons donc le mot "réhabilitation" en fonction de l’origine à laquelle il renvoie, nous obtenons à peu près ceci : enchaînement des actes par lesquels un sujet qui a perdu la fermeté de sa main et, par suite, la familiarité de son site habitable (qui par là ne se tient plus, au point que lui, l’habitant, y devient comme étranger à soi-même et absent de sa propre vie), apprend à retrouver une autre fermeté qui le tient et un site qui peut encore se tenir pour qu’il s’y tienne soi-même comme sujet. Prise en ce sens conforme à l’origine, toute réhabilitation, pour peu qu’elle ait à se déployer dans le cours d’une vie singulière est essentiellement dramatique : cela veut dire qu’elle se constitue par étapes comme une dramaturgie.

Et c’est sur ce caractère que je vous demande de m’autoriser à insister encore un peu de temps... Une dramaturgie met en scène (donne à entendre et à voir) une trame qui comporte en son déroulement un ou plusieurs moments de crise dans lesquels des personnages s’affrontent. À cela, il convient (et la chose est essentielle) d’ajouter le texte du drame qui est mis en scène. On pourrait longuement développer cette métaphore de la réhabilitation comme dramaturgie. Bien sûr, je ne le tenterai pas ici. Permettez-moi simplement d’indiquer le point vers lequel je voudrais me diriger, et que j’indique d’emblée : ce que nous nommons un "sujet" est toujours en situation de réhabilitation relativement à soi-même : et selon des modes divers, et à des degrés divers, la traversée de ces situations de réhabilitation exige la parole d’un autre "sujet" parlant. Encore convient-il de bien s’entendre sur ce qu’on peut nommer un "sujet". Et, pour cela, revenons un instant à la métaphore de la réhabilitation comme dramaturgie. Et posons-nous la question : où est le texte ? Comment désigner la scène où le drame se joue ? À qui ce drame se donne-t-il à voir ? Comment désigner ses personnages ?

Si nous continuions à nous laisser guider par le sens propre et premier de " réhabilitation ", nous serions tenté de dire que le drame est à trois personnages :

Cela semble aller de soi, et c’est pourtant là que les difficultés s’annoncent si, du moins, nous voulons conserver à la réhabilitation son caractère de drame. On pourrait en effet chercher la place du sujet du côté de la main qui tient, étant bien entendu que "main" est purement métaphorique et a de multiples sens : acte-intention, volition, etc., ou encore, pour paraître tout résumer : "centre monadique de décision". Nous avons ainsi affaire à trois personnages : la main, le site que cette main tient et qui –de fait– semble se tenir, et le temps qui rassemble les deux (main et site) et ne peut les rassembler qu’en les séparant. Si nous nous engageons d’emblée dans cette voie, nous allons au-devant de grandes difficultés "philosophiques" qui vont nous conduire tout droit vers quelque métaphysique : d’autant que la question que pose la "dramaturgie" de la réhabilitation exige que l’on se demande où est la scène. Où tout cela se passe-t-il, où se tient le texte de la pièce ? Or ni la main, ni le site habitable, ni le temps (comme rassemblement et dispersion), ne désignent à eux seuls le lieu du "sujet". C’est de leur relation mobile qu’un sujet advient : et en tant qu’il advient, il est toujours pris dans la trame qui le constitue dans la mobilité des trois : main, site et temps. Si bien que ces trois termes ne se soutiennent que de cela même qui les menace : la mobilité de la relation qui les rassemble. Ce qui veut dire que la place du sujet exigé est toujours déplacée : il n’est jamais là où il croit qu’il réside. À vrai dire, il ne réside pas : il est sans domicile fixe, et en quête d’habitat, mais nul habitat ne sera pour lui le lieu de l’oubli et du repos sous peine de n’être plus alors un "sujet".

Reste la question du texte dont la dramaturgie qui est ici notre thème donne la représentation. Reste aussi celle de la scène où ça se passe et se donne à voir. Du point de vue "phénoménologique" où je me place (vous l’aurez bien deviné), c’est là la question la plus difficile qui soit et sa mise en œuvre exigerait de longues recherches. Permettez- moi cependant quelques remarques sur ce point.

De quoi est-il question au fond dans toute cette affaire ? De cela même que nous avons appris à nommer "sujet". Nous l’avons appris de ce côté du monde où nous vivons, dans la remémoration de nos philosophies, mais à partir cependant d’un sens fort ancien et que nous tenons des Grecs. Il me semble nécessaire d’y revenir un moment : "sujet", "subjectum", "hypokeimenon", ce qui est caché par-dessous et semble demeurer en cet état : c’est un mot très courant dans la langue grecque auquel les philosophes, et Aristote principalement, ont donné une multiplicité de sens techniques : depuis le "sujet" de la proposition jusqu’au "sujet" du pouvoir, en passant par le "sujet" qui se nomme je du "cogito cartésien" avec tous ses avatars. Mais ces sens techniques, ne les réveillons pas. Seul me préoccupe le sens premier : couché par dessous. Ce qui se manifeste "couché par-dessous" demeure-t-il immuable ? On peut le poser immobile, mais il ne le demeure pas : le "sujet" au sens de "hypokeimenon" est furtif et fuyant, jamais pleinement déterminé. Pensons ici à ce que Platon dans le Timée appelait Chôra : le réceptacle qui à la façon d’un "lieu", reçoit les déterminations que nous observons dans les choses sensibles. Ce lieu semble exercer la fonction d’un "subjectum" : il se tient en dessous. Mais il n’est pas immobile. La Chôra souffre de séismes et de soubresauts, "comme le matin des femmes", dit Platon. Ce qu’elle sauvegarde, elle le menace tout autant : et c’est pourquoi les différences qualitatives ne demeurent pas toujours stables.

Retenons ce phénomène de la fuite du support. D’où vient cette fuite, dans le cas qui nous occupe (le sujet de la réhabilitation) ? De ceci, me semble-t-il : que tout corps vivant, individué, et expressif, doué de la capacité de dire et de s’adresser ne se soutient que de son rapport à l’Autre, dans une relation réciproque mais fondamentalement a-symétrique : il n’y a jamais coïncidence au même lieu, mais un écart sans cesse creusé entre les corps parlants. Cette manière d’être en écart des corps parlants exigerait bien des réflexions dans lesquelles je ne peux m’engager. Bornons-nous à quelques remarques, utiles à notre thème "réhabilitation". Cette manière d’être en écart est constitutive ; nul n’y échappe, et sans cesse s’y trouve ramené. L’écart ouvre un abîme sans fond ; il se déploie, privé de terrain où tout ce qui est de l’ordre de l’entre-expression se déposerait et demeurerait stable et disponible. Sans cesse il se creuse, et jamais ne se comble. Pourquoi ? Je n’en sais rien : c’est ainsi que ça se montre. Or ce qui, se constituant en abîme, ne se comble jamais, exige d’être recouvert. Il n’y a pas d’écart, si minime soit-il, qui n’exige son recouvrement. Le geste qui se dirige vers un objet de désir, recouvre un écart sans le combler jamais. De là cette conséquence : du fait même que, dans le cas qui nous occupe (le rapport dissymétrique de l’un à l’autre et de l’autre à chacun), l’écart se montre en abîme, il exige son recouvrement. La parole adressée et écoutée recouvre sans combler jamais. La parole mais aussi le geste, et l’immobilité même, la posture du corps que l’autre, qui est là (mais qui peut fort bien être absent) appréhende depuis son plan, ou peut appréhender. Pour chacun de nous, il y a toujours de l’autre en écart (absent ou présent). Ainsi exigent de se constituer les chaînes signifiantes de recouvrement d’abîme. C’est l’espace fragile de l’entre-expression (disons, pour faire bref, le champ de la parole) où chacun a à se découvrir et à tenter de se désigner comme sujet, "sujet" aussi fragile que la connexion des chaînes signifiantes qui le maintiennent et le désignent. C’est pourquoi il me faut répéter ce que je disais un peu plus haut : un sujet est toujours en état de réhabilitation ; puisqu’il a à se tenir et à habiter l’espace mobile de connexions des chaînes signifiantes qui le désignent, dans l’entre-deux en abîme de corps parlants. En abîme et, pour cela, sans cesse en état de recouvrement. Et c’est dans cet écart et selon ses exigences de recouvrement que chacun va avoir à se découvrir comme sujet pour l’autre, dans ce jeu circulaire incessant où se rassemble et se défait sans cesse la relation "je-tu-il-nous".

Un sujet ne se constitue que dans l’unité mobile de ses déterminations où s’ouvre un écart primordial qu’aucune parole ne comblera jamais, bien qu’elle puisse paraître le recouvrir. Le "soi" est instable : sans cesse déposé en soi-même, passif en ce sens, assujetti à l’autre, sans relâche et ne découvrant ses exigences d’activité (son dire "je") qu’au sein de cette passivité même dont, en tant qu’il dit "je", il n’a jamais la maîtrise. D’où cette conséquence : dans cette dramaturgie de la réhabilitation, où est le texte ? où est la scène ? Il n’y a d’autre texte que ce qui sans cesse se dépose dans la passivité et la marque, d’autre scène que celle où s’institue et se donne à voir le déploiement de cette réciprocité asymétrique où se recouvre sans se combler jamais l’écart qui sépare nos corps parlants.

Mais je crois avoir trop longtemps parlé. Permettez-moi d’achever ici ce discours et de vous remercier de votre attention.

J-T. D.
Ajaccio, Paris

 

 

 

 

 

 

 


A la suite de nos actions menées depuis le colloque du 23 mars 2000, et dont nos Journées Nationales 2002 seront le rappel et le prolongement, voici les derniers rebondissements.

La proposition de loi de B. Accoyer (cf. La Lettre de Psychiatrie Française) a finalement été présentée le 11 janvier au Parlement, sous forme d’amendement au projet de loi de modernisation sociale alors en discussion, mais a été repoussée par Madame Gillot au prétexte suivant :

"L’avis du gouvernement est défavorable. Il est nécessaire d’encadrer la pratique de la psychothérapie. Des travaux sont en cours. La proposition de M. Accoyer est très restrictive puisqu’elle vise à réserver l’exercice de la psychothérapie aux médecins qualifiés en psychiatrie et aux psychologues cliniciens. Or il est important de valider les compétences mises en évidence par les personnes qui pratiquent cette discipline. Les travaux menés actuellement sur l’évolution des métiers en santé mentale, dans le cadre des protocoles des 13 et 14 mars 2000, permettront d’apporter une réponse plus adéquate à la protection des usagers et à la demande des psychothérapeutes eux-mêmes. Ils seront achevés d’ici la fin de l’été. Je demande donc le rejet de l’amendement, tout en indiquant que des propositions précises seront prochainement formulées."

C. V.
Secrétaire Général AFP

* Les récents démêlés d’une des têtes de file du mouvement des Verts, supporter de la proposition Marchand, confirment s’il en était besoin la gravité des choses.

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 


 

1) Journée de grève des PH Temps partiel
Rassemblement le jeudi 22.03, à 14 H, devant le Ministère de la Santé : 8 avenue de Ségur - 75007 Paris

2) Poursuite de la grève des gardes et astreintes jusqu’à l’Assemblée générale du 26.03

3) Assemblée générale : lundi 26 mars,
à 21 Hà Sainte Anne : 100 rue de la Santé - 75014 Paris

Depuis le 11 décembre, le Ministère est resté silencieux sur nos revendications :

 

 

 

 

 

 


Cet article qui, pour des raisons d’édition, est rédigé fin février ne tient donc pas compte des événements survenus ultérieurement.

1. MÉDECINE DE VILLE et " GRENELLE DE LA SANTÉ "

Grandes manœuvres, effets de manches et "non-événement".

En somme, beaucoup de propositions éloignées du " plan stratégique " initial et rejoignant certaines des demandes du corps médical. Bizarre...

2. UN NOUVEAU THÈME : LA RESPONSABILITÉ INDIVIDUELLE

Gouvernement, syndicats médicaux et G7, CNAMTS, économistes de la santé, tous s’accordent pour dénoncer "la responsabilité collective" pénalisante pour les "bons praticiens" et inefficace au plan comptable, et pour évoquer d’une voix unanime les vertus de la nécessaire "responsabilisation individuelle" des professionnels de santé. Mais peut-être les intentions des uns et des autres ne sont-elles pas les mêmes, et tous ne parlent-ils pas de la même chose ! Alors, attention aux amalgames trop tentants, car ce qui peut ressembler à un accord unanime pourrait se retourner dangereusement contre les médecins : la responsabilité individuelle des praticiens dans le domaine de la qualité des soins n’a pas grand-chose à voir avec celle dans le domaine comptable, ni encore avec celle du conventionnement individuel. Sans parler de la responsabilité individuelle des médecins lorsqu’ils sont poursuivis bien qu’ayant respecté des recommandations de bonnes pratiques, et de sa délégation éventuelle à la CNAM qui se proposerait de se substituer au médecin lors de procès en responsabilité civile. Si la responsabilité individuelle est certainement source de qualité, et mérite qu’on y réfléchisse, il ne faudrait pas pour autant croire que la qualité des soins est automatiquement source d’économies, car rien n’est moins sûr !

3. STATISTIQUES ET INFORMATIONS ECONOMIQUES

 
Honoraires
Prescriptions
Omnipraticiens
+ 5,1 %
+ 9,0 %
Psychiatres
+ 3,9 %
+ 11,9 %
Neuropsychiatres
- 9,7 %
- 2,7 %
Neuropsychiatres + Psychiatres
+ 2,3 %
+ 9,8 %
Ensemble des spécialistes
+ 4,3 %
+ 11,1 %

Ces chiffres confirment pour l’année 2000 une progression de la masse des honoraires des psychiatres et neuropsychiatres, et donc de leur activité de consultation, qui n’est que la moitié de celle de l’ensemble des spécialistes, et une progression un peu moindre de la masse des prescriptions.

 
Recettes
Charges
Bénéfices
Revenus
Secteur 1
- 1,2 %
+ 5,71 %
351 460 F
- 2,65 %
Secteur 2
+ 1,78 %
+ 5,33 %
354 713 F
- 1,57 %

4. TÉLÉTRANSMISSION

Nous continuons au SPF à nous associer à la politique des syndicats horizontaux, et notamment la CSMF à laquelle nous adhérons, en résistant à la mise en route de la télétransmission tant que persisteront les conditions actuelles qui sont inacceptables tant au plan du non-partage des informations qu’à celui d’une indemnisation insuffisante. Si nous abandonnions cette position, nombre de nos confrères pourraient nous reprocher, d’ici quelques mois ou années, d’avoir cédé, en leur défaveur. Jusqu’il y a peu, les Caisses ont essentiellement tenu à faire pression et à récupérer la prime à l’informatisation auprès des praticiens qui refusent la télétransmission, et certains confrères ont ainsi reçu le titre exécutoire de remboursement adressé par la CNAMTS. Nous leur déconseillons de contester ce titre exécutoire auprès du tribunal administratif car cela entraînerait une procédure longue, lourde, coûteuse, dont les chances d’aboutir favorablement sont faibles, et parce que les frais de ce remboursement obligatoire étant compensés (par le cumul de deux années d’intérêt bancaire d’une part, et par leur déduction fiscale lors de la prochaine déclaration de revenus d’autre part), ils ne devraient tourner qu’autour de 200 F. Ces collègues se retrouvent donc maintenant dans la situation de la majorité des confrères qui ont préféré ne pas accepter la prime à l’informatisation et qui ne télétransmettent pas. Par ailleurs, et c’est nouveau, certaines Caisses interpellent des praticiens n’ayant pas accepté la prime et ne télétransmettant pas, en mettant en avant l’obligation inscrite dans le règlement minimal conventionnel depuis août 1999, et faisant état de ses articles 17 et 18 pour menacer d’une suspension de la participation à la prise en charge des avantages sociaux, pour une période de trois mois renouvelable. Alors que les discussions en cours avec les syndicats horizontaux n’ont toujours pas abouti, il s’agit là d’une nouvelle pression devant laquelle nous avons pris conseil auprès de services juridiques sur les possibilités de recours. Mais il ne saurait être question de conseiller à nos adhérents d’adopter une position "jusqu’au-boutiste" qui risquerait de les mettre individuellement dans une situation intenable à terme, soit financièrement soit conventionnellement, et nos consignes s’adapteront donc en fonction des situations individuelles. Il faut que nos adhérents nous tiennent informés au cas par cas.

5. INFORMATIONS DIVERSES

 
Effectif de l'ensemble des neuropsychiatres et psychiatres actifs
Variation des effectifs entre 98 et 99
Neuropsychiatres
828
-11,3 %
Psychiatres
10 213
-0,2 %
Psychiatres ayant l’option "enfants-adolescents"
1 185
+11,9 %
TOTAL
12 226
 

 

6. ÉLECTIONS DU FUTUR CONSEIL SYNDICAL

Parmi les 72 candidats qui proposent leur candidature aux élections en cours pour le mandat 2001-2003 du Conseil, 32 sont nouveaux. Félicitations à tous et bienvenue à ceux qui seront nouveaux promus ! La nouvelle équipe sera mise en place lors du premier Conseil du 25 mars. Merci par avance à tous ceux qui accepteront des responsabilités, et bon courage à tous...

P. S.
Secrétaire Général SPF

 

 

 

 

 

 

 


Epreuves d’aptitude à la fonction de praticien adjoint contractuel (PAC). Infléchissant sa position initiale, le Ministère a pris le 01.02.01 un arrêté modifiant celui du 22.05.00, et requérant pour la discipline Psychiatrie que les candidats à la fonction de PAC soient titulaires du DES, ou du CES, ou du DIS, ou bien encore (à titre dérogatoire) de trois ans au moins de services effectifs en qualité de psychiatre dans le service spécialisé d’un établissement public, avant la date du 01.01.99. Il nous semble important d’en informer nos collègues concernés (NDLR).

 

 

 

 

 

 


Il y a un an, nous avions rappelé les préoccupations de différentes associations, dont le SPF et la LDH (cf. LLPF N° 93), concernant la mention des éléments d’ordre médical justifiant une interruption du travail, et des risques que celle-ci faisait courir au secret médical. L’arrêté ministériel du 03.08.00 (J.O. 12.08.00 : qui a dit que les administrations étaient paralysées par la torpeur estivale ?) a officialisé cette mesure, et les Caisses ont adressé dès janvier un modèle du nouvel imprimé, qui sera accompagné d’une petite enveloppe bleue destinée au Médecin-Conseil, ce que la CPAM des Alpes-Maritimes appelle "un nouveau circuit mis en place dans le cadre de préservation du secret médical". Dont acte. Ces dispositions sont d’application immédiate, précise la lettre, et nous rappellerons le conseil de Pierre Staël, de mentionner : "Incapacité temporaire de travail pour troubles psychiatriques" (cf. LLPF N° 101), ce qui est déjà une stigmatisation possible, mais pas davantage que le tampon portant notre spécialité, nous objectera-t-on... En réalité, il m’est arrivé d’utiliser exceptionnellement un tampon sans mention de spécialité, le numéro d’identification faisant alors foi.

Tout ceci est justifié par la chasse aux "faux malades" et aux abus, comme pour le trop fameux "nomadisme médical". À cet égard, il est intéressant de citer le Bulletin de l’Ordre des Médecins d’octobre dernier, qui expliquait ces mesures, mais citait aussi une statistique de la CNAM en 1994, où il apparaissait que le taux d’arrêts de travail contestables sur le plan médical était de 1,5 à 6 %, "selon le caractère plus ou moins strict des critères utilisés". Autrement dit, rappelons avec l’Ordre que ce taux est faible, et que ces mesures "secréticides" vont s’appliquer à une immense majorité de personnes légitimement arrêtées pour maladie, en vertu de cet ignoble théorème hélas souvent vérifié dès l’enfance, que les "bons" paient pour les "moins bons"...

Mais il y a plus. En octobre dernier, la CPAM des Alpes-Maritimes, toujours "en réaction à certaines dérives constatées", attirait l’attention des prescripteurs sur leur responsabilité quant aux heures de sortie réglementaires et au départ hors circonscription. La mention "sorties libres" n’est plus suffisante, il faut établir un certificat médical circonstancié, et en faire état par la mention "CMC joint" sous la rubrique "sorties autorisées". Pour la sortie hors circonscription, si elle est "nécessaire dans un but thérapeutique", l’accord préalable de la Caisse est requis, alors que jusqu’à présent en pratique, pour se rendre dans un autre département, un certificat joint à l’arrêt de travail et une adresse de visite étaient réputés suffisants, seul un départ à l’étranger imposant d’attendre une réponse.

Toutes ces dispositions indiquent incontestablement un resserrement de l’étau administratif liberticide autour des patients et de leurs médecins, et toutes les personnes souffrant de dépression, d'inhibition, d’agoraphobie, de clinophilie ou d’apragmatisme, apprécieront sans doute que leurs premiers pas au-dehors soient entourés d’une telle sollicitude...

J-Y. F
Nice

 

 

 

 

 

 


Pour votre information, voici les recommandations de l’Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation en Santé (ANAES) destinées aux médecins (NDLR).

I. PRÉAMBULE

L’objectif des recommandations est de proposer au médecin une aide dans la manière de dispenser à chaque patient une information pertinente et de qualité, tout au long du processus de soins, en tenant compte des besoins propres de ce dernier et du respect dû à sa personne.

L’information donnée par le médecin au patient est destinée à l’éclairer sur son état de santé, à lui décrire la nature et le déroulement des soins et à lui fournir les éléments lui permettant de prendre des décisions en connaissance de cause, notamment d’accepter ou de refuser les actes à visée diagnostique et/ou thérapeutique qui lui sont proposés.

L’information est un élément central dans la relation de confiance entre le médecin et le patient, et contribue à la participation active de ce dernier aux soins.

Les présentes recommandations ont pour but de permettre au médecin de satisfaire à son obligation d’information, dans le respect des règles déontologiques et des dispositions légales relatives aux droits des patients.

Elles portent sur le contenu et les qualités de l’information à délivrer, sur ses modalités, sur la mise en cohérence de l’information, sur les qualités requises des documents écrits et sur les critères permettant d’évaluer la qualité de l’information donnée.

Elles ne traitent pas délibérément la question des modalités de preuve de l’information donnée au patient.

Eu égard à la complexité des règles existantes, elles n’abordent pas non plus les situations de droit (personnes incapables mineures et majeures) qui impliquent des modalités particulières de délivrance de l’information.

Enfin, elles n’abordent pas les situations de fait où il n’est pas possible de donner l’information à la personne soit parce que les circonstances ne le permettent pas, soit parce que cette dernière ne souhaite pas la recevoir.

II. LE CONTENU ET LES QUALITÉS DE L’INFORMATION

L’information concerne l’état de santé du patient et les soins, qu’il s’agisse d’actes isolés ou s’inscrivant dans la durée. Elle doit être actualisée au fil du temps.

L’information, outre bien évidemment les réponses aux questions posées par le patient, doit prendre en compte la situation propre de chaque personne. Elle porte tant sur des éléments généraux que sur des éléments spécifiques :

  1. l’état du patient et son évolution prévisible, ce qui nécessite des explications sur la maladie ou l’état pathologique, et son évolution habituelle avec et sans traitement ;
  2. la description et le déroulement des examens, des investigations, des soins, des thérapeutiques, des interventions envisagés et de leurs alternatives ;
  3. leur objectif, leur utilité et les bénéfices escomptés ;
  4. leurs conséquences et leurs inconvénients ;
  5. leurs complications et leurs risques éventuels, y compris exceptionnels ;
  6. les précautions générales et particulières recommandées aux patients.

Que l’information soit donnée oralement ou avec l’aide d’un document écrit, elle doit répondre aux mêmes critères de qualité :

  1. être hiérarchisée et reposer sur des données validées ;
  2. présenter les bénéfices attendus des soins envisagés avant leurs inconvénients et risques éventuels, et préciser les risques graves, y compris exceptionnels, c’est-à-dire ceux qui mettent en jeu le pronostic vital ou altèrent une fonction vitale ;
  3. être compréhensible.

Au cours de cette démarche, le médecin s’assure que le patient a compris l’information qui lui a été donnée. Il indique la solution qu’il envisage en expliquant les raisons de sa proposition.

III. LES MODALITÉS DE L’INFORMATION

III.1. La primauté de l’information orale

Le dialogue qu’implique l’information nécessite qu’elle soit transmise oralement.

L’information orale est primordiale car elle peut être adaptée au cas de chaque personne. Il est nécessaire d’y consacrer du temps et de la disponibilité, et, si nécessaire, de la moduler en fonction de la situation du patient. Elle requiert un environnement adapté. Elle s’inscrit dans un climat relationnel alliant écoute et prise en compte des attentes du patient. Elle peut nécessiter d’être délivrée de manière progressive.

Lorsque la personne est étrangère, il est recommandé de recourir si besoin à un traducteur.

III.2. L’information écrite : un complément possible à l’information orale

Lorsque des documents écrits existent, il est souhaitable qu'ils soient remis au patient pour lui permettre de s'y reporter et/ou d'en discuter avec toute personne de son choix, notamment avec les médecins qui lui dispensent des soins.

La fonction du document d’information est exclusivement de donner au patient des renseignements par écrit et ce document n’a pas vocation à recevoir la signature du patient. De ce fait, il ne doit être assorti d’aucune formule obligeant le patient à y apposer sa signature.

IV. LA MISE EN COHÉRENCE DES INFORMATIONS

Chaque médecin informe le patient de l’ensemble des éléments relevant de sa discipline, en situant ces derniers dans la démarche générale de soins. Il ne doit pas supposer que d’autres que lui ont déjà donné cette information.

Il est recommandé que le patient puisse bénéficier d’une synthèse des données médicales le concernant, et cela à plusieurs étapes de sa prise en charge, en particulier sur la conduite diagnostique initiale, puis sur les thérapeutiques possibles et celle qui est envisagée, enfin sur son pronostic à court, moyen et long terme. Il est recommandé que cette synthèse soit effectuée par un médecin unique.

Il est recommandé que le dossier médical porte la trace des informations données au patient pour permettre à l’équipe soignante ou à un autre médecin d’en prendre connaissance dans le but de favoriser la continuité des soins.

V. LES QUALITÉS REQUISES DES DOCUMENTS ÉCRITS

Pour assurer la qualité de l’information contenue dans les documents écrits diffusés au patient, il est recommandé que cette information :

  1. soit hiérarchisée, repose sur des données validées, et présente les bénéfices attendus des soins envisagés avant l’énoncé des inconvénients et des risques éventuels. Elle doit préciser les risques graves, y compris exceptionnels. Elle doit indiquer les moyens qui seront mis en œuvre pour faire face aux complications éventuelles, ainsi que les signes d’alerte détectables par le patient ;
  2. soit synthétique et claire, sachant que le document remis au patient ne devrait généralement pas excéder quatre pages ;
  3. soit compréhensible pour le plus grand nombre de patients, ce qui implique de soumettre pour avis les projets de documents à des patients, notamment par l’intermédiaire de leurs associations, voire même de les faire participer à leur élaboration. Il s’agit de s’assurer que les informations sont comprises, sinon de les modifier en conséquence ;
  4. soit validée, par exemple par les sociétés savantes, selon des critères de qualité reconnus (par exemple, critères de qualité des recommandations professionnelles utilisés par l’ANAES).

Les documents écrits doivent porter l’indication que le patient est invité à formuler toute question qu’il souhaite poser.

Il est souhaitable dans une étape ultérieure de rédiger des fiches d’information dans les principales langues étrangères parlées en France.

L’utilisation de supports par vidéo ou multimédia peut compléter utilement l’information orale et écrite. L’élaboration de ces supports doit répondre aux mêmes exigences de qualité que celle des documents écrits.

VI. L’ÉVALUATION DE L’INFORMATION DONNÉE

L’information donnée aux patients doit être évaluée.

VI.1. Évaluation de la satisfaction des patients

La satisfaction des patients à l’égard de l’information orale et des documents écrits doit être appréciée. En particulier, il faut en tenir compte dans l’actualisation des documents existants et dans l’élaboration des nouveaux documents.

VI.2. Évaluation des pratiques

Une évaluation régulière des pratiques mérite d’être mise en place. Elle est fondée :

VI.3. Évaluation de la qualité des documents écrits

L’évaluation doit porter sur :

 

 

 

 

 

 

 


 

En lançant au mois de juin votre livre dans la grande bataille de la publication, vous ne pensiez sans doute pas, cher Xavier Hanotte, que vous attendait, derrière la colline..., le jury de l’Association française de psychiatrie et cependant aujourd’hui, dans l’après-coup, la "Charles Brisset Cross" nous paraît vous avoir été de tout temps destinée.

La déesse casquée de quelque Olympe avait si bien agencé cette "Tucke" – heureuse rencontre – que, dans le temps de notre délibération, paraissait à Paris un bel article de "Carlo Ginsgsburg" illustré d'une affiche de 1914 où – pointant le citoyen britannique de son index – Lord Kitchener proclame : "Votre Roi et votre pays ont besoin de vous !" À une telle injonction, les personnages de votre livre répondent en s’engageant pour une longue, très longue marche au supplice. "It’s a long way"..., et votre roman semble, après la bataille, nous renvoyer la terrible image : l’index pointant les survivants du massacre de la Somme ; la bouche du soldat mourant leur murmurerait alors : "And you ?"

Devoir de mémoire, responsabilité, culpabilité, cela concerne le héros et le transforme en jardinier de "l’Ancre british cimetery" où le nom de l’ami se lit sur le "memorial", et cela touche au vif le lecteur..., chacun de nous..., alors même que la remise du prix Charles Brisset vient conclure cette année-ci une réunion préoccupée – hasard propice – de la responsabilité et de la culpabilité.

Vous pouvez vous sentir des nôtres quand la lecture de votre livre réarticule si heureusement la question d’éthique qui nous embarrassait. Est-il coupable celui qui ne satisfait pas au service des biens ? Ou bien coupable celui qui cède sur son désir ?

Créon contre Antigone ? Souvent votre roman nous rappelle que le sujet parlant, écrivant, doit bien s’assujettir aux règles du "discours-courant" pour "commercer" avec autrui, mais qu’il lui faut encore subvertir ce langage appris pour en faire l’agent de son désir. Et certes, le romancier ne saurait se livrer tel le poète à " l’holocauste des mots "..., du moins peut-il procéder comme Proust, évoqué par Bataille, à l’holocauste des hommes et de leurs amours. De là, surgissent les mots du rêve ou du cauchemar.

Derrière la colline familière, vous écrivez : "Le mot s’était imposé à moi avec l’évidence d’une révélation. Il me semblait que je venais de l’inventer là, sous les étoiles, par cette nuit magique après l’horreur du jour : le Monstre."

Ce monde de "l’entre-deux-morts", c’est bien celui d’Antigone... et, pas plus qu’elle, vous ne cédez sur votre désir, ô Xavier Hanotte. Vous vous risquez même parfois, au-delà des collines aimables de la prose, non seulement en citant Wilfred Owen (soldat mort le 4 novembre 1918, poète dont Benjamin Britten fait alterner les vers avec les strophes latines de son "War Requiem"), mais en inventant Nicholas Parry : Ce qui était perdu... Poèmes retrouvés, édition 1920, traduction Barthélemy Dussert.

Je laisse la surprise au lecteur de découvrir le véritable Nicholas Parry et de retrouver en Barthélemy Dussert l’inspecteur de police de vos précédents romans, qui traduisait déjà Owen entre deux enquêtes. Dans Holland Park ou du côté de chez Bérénice, les mots s’aventurent ainsi dans les jardins de la poésie.

Vos héros aiment les fleurs et nous aimons votre livre pour la qualité de l’écriture et la qualité de la scénographie. Nous rappellerons ici que, pas plus que les fondateurs du prix littéraire Charles Brisset, nous ne considérons cette distinction comme apanage de livres qui entrebailleraient les portes de quelque maison de fous ou plongeraient le regard dans quelque "fosse aux serpents".

La psychiatrie est, pour nous, d’abord connaissance de l’homme, étude, analyse, guidant le soutien et le soin que nous devons à la souffrance morale, à l’angoisse, au doute, aux dérèglements si pénibles et souvent dramatiques de l’Esprit. Et nous savons, tout comme Freud héritier de Sophocle, de Shakespeare, mais aussi de Ludwig Börne, qu’une belle fiction peut nous apprendre plus sur le cœur de l’homme que bien d’austères ouvrages étiquetant les savoirs sur des planches d’entomologie.

Ainsi votre livre renouvelle-t-il certains thèmes qui sont aussi des motifs insistants d’une psychiatrie humaniste.

Le thème de l’Apocalypse est au centre de l’œuvre. Il rejoindrait la citation qu’en fait Lacan dans ce difficile chapitre "Les paradoxes de l’éthique", où s’affrontent Créon et Antigone. Il évoque encore cette "fin du monde" qui, d’après Freud, prélude au délire de Schreber, mais prélude tout aussi bien chez Artaud à la "Révolution du langage poétique". Il évoque la fin du monde familial de Proust, que vous aimez, et ses carnets 1908 où s’amorce la création d’une œuvre immense. Et si votre écriture n’a rien de proustien – grâce à la déesse, elle est Vôtre – on y retrouve cependant la Recherche du temps perdu.

De son œuvre, Proust construit un mausolée où il enfouit et honore ses morts. Le Mausolée, vous l’érigez dès les premières pages d’un livre qui se clôt sur une carte des cimetières des héros anglais de la "Grande Guerre". Et vous savez suggérer que l’échelonnement de ces vastes nécropoles se déploie en bordure de l’effondrement d’une prestigieuse Europe, fin du "beau monde de Proust, fin de la Haute culture de la Vienne de Freud, fin d’une certaine Angleterre...". De cet écroulement vous créez, à votre tour, une œuvre et qui vient nous rappeler notre étude sur les ressorts de la création : "Détruire, construire, habiter " avec, en sous-titre, " Demeures d’exil ou sublimation sans domicile fixe". Votre héros n’est-il pas en exil ?

Il crée une "demeure des vivants" avec Jacqueline, avec son fils Pierre à qui est dédiée cette Quête du temps perdu.

Il crée autour des demeures des morts un rayonnement botanique, une floraison qui vit, qui pousse, qui ravit. Il crée (est-ce bien lui ?) une œuvre poétique balbutiante et fleurie...

" ... les jardins débordent
De gardénias blancs en rang
De claire dentelle : et dans le ciel
Les nuages pourtant immobiles, tels des badauds... "

Et vous créez un style, une manière de dire qui ferait penser à la longue glane étymologique de Freud –encore lui– à propos du Heim, du home de l’intime basculant soudain en quelque Unheimlich... Etrange familier... de la vie des tranchées.

Inquiétante poésie qu’on entrevoit dans l’embrasure des ruines de maisons, d’églises de village entourées de leurs cimetières. Là, "couché sur un monticule de terre retournée, un angelot joufflu pleurait des larmes de faïence et de rosée. Elles ne coulaient pas dans le même sens. Les vraies allaient se perdre dans la boue."

Onirisme de l’"entre-deux-morts" derrière la colline.

Fantastique : "Autour du Monstre et du village, à travers les couronnes noires des arbres, le vent poursuivait ses cavalcades silencieuses."

Mais l’Unheimlich, c’est encore le double dont Freud découvre l’inquiétant et familier reflet dans les Elixirs du diable et dans L’homme au sable de Hoffmann. De quoi rendre fou un étudiant de Gottingen !

Mais qu’on se rassure, le double en qui se niche le secret de votre livre, cela étonne, étourdit le lecteur mais, loin de le conduire à la folie, le rend tout heureux de sa surprise et de l’humour avec lequel vous refaites surgir in fine le perspicace inspecteur Dussert, traducteur d’Owen... et de Nicholas Parry !

Merci de ce livre.

Nous remercions l’alliance Solvay Pharma et Pharmacia qui soutient le Prix depuis neuf ans.

M. D.
Président du Jury

Les Membres du Jury 2000 étaient Claire Brisset, Marcel Danan, Michel Demangeat, Francis Gheysen, Jean-Louis Griguer, Annette Huguet-Humbert, Simon-Daniel Kipman, Christine Lamothe, Yves Manela, Annie Triniac, Christian Vasseur, Véronique Jamagne (Pharmacia), Sylvianne Loisy (Solvay Pharma).

Voici aussi une brève analyse de l’ouvrage arrivé en deuxième position :

Luz ou le temps sauvage parle de l’horreur de l’Argentine au temps de la junte militaire, de l’horreur de la dictature, de l’horreur des tortures et des meurtres, de l’horreur des enlèvements d’enfants. Il raconte, non pas la lutte maintenant bien connue des grands-mères de la Place de mai, mais la quête d’un de ces bébés "disparus", qu’apparemment personne n’a recherché et qui est devenu mère à son tour. Les personnages féminins sont remarquablement forts, s’articulant autour de Luz, l’enfant "lumière" qui recherche ses racines, en surmontant le poids des non-dits de l’enfance et de l’adolescence.

L’écriture rapide, journalistique d’Elsa Osorio rend son roman passionnant, à la manière d’un thriller dont le lecteur a du mal à s’arracher, plus représentatif encore d’une société et d’une époque que ne le seraient un reportage ou un article politique. Un livre à lire et à prêter, de toute urgence…

A. H.
Tours

 

 

 

 

 

 

 


Une jeune femme.
Elle vient de surprendre un cambrioleur dans son studio.

ELLE
Sortez d’ici vous me faites peur
vous n’avez rien à faire ici
comment vous êtes entré
j’ai laissé la porte ouverte je suis conne
ma mère me l’a toujours dit
tu es idiote ma pauvre fille
sortez d’ici vous me faites peur
il n’y a rien à voler ici
même pas deux cents balles pour vous acheter de la drogue
c’est con c’est minable
pardon
je ne vous juge pas
vous faites ce que vous voulez de votre vie
moi je ne me drogue pas
pourtant ma vie est idiote
de quoi se droguer à crever
je n’ai pas l’habitude de recevoir des hommes chez moi
d’ailleurs je ne plais pas aux hommes
les hommes ne me plaisent pas
c’est à cause de ma mère sûrement
elle m’a toujours dit ma pauvre fille ce que tu peux être moche
c’est la première fois qu’il y a un homme ici
je suis moche pas vrai
je suis moche
dites-moi que je suis moche
non ne le dites pas
ou alors