N°93

Mars 2000

Éditorial

Sur une note

Les flancs de l’Aventin

SPF
Actualité professionnelle
Unions Régionales
Psychothérapies
Évaluation

AFP
Prix Littéraire Charles Brisset 99
Psychiatrie en Europe
Les Classifications : Jubilé Juin 2000

Comité d'Action syndical de la psychiatrie

Stop la violence

Sur une note

Penser la psychose

Psychiatricus

Peine de mort aux USA

Chemins de la connaissance

 

 

 

 

 

 

L'avenir de la psychiatrie

Même s’ils débutent mal, le vingt-et-unième siècle et le troisième millénaire seront l’époque de la lutte contre les maladies virales, les cancers et les troubles mentaux. Les hommes, ayant assuré leur survie, se préoccuperont de vivre mieux : il y a donc un bel avenir pour l’ensemble des "psychistes" comme les appelait le regretté Didier Anzieu (psychiatres, psychanalystes, psychologues, psychothérapeutes..).

Du cri de Paul Balvet dénonçant la famine dans les hôpitaux psychiatriques en 1942 jusqu’à l’année 1975, la psychiatrie française a été engagée dans un processus de progrès, inégal suivant les lieux, les moments et les équipes. Mais au-delà des clivages théoriques, il y avait un élan au travail et un humanisme qui entraînaient une amélioration de la situation des patients et de leurs familles. Qu’elles soient éclairées par la psychanalyse, la phénoménologie ou la militance chrétienne sociale ou socialiste, les démarches étaient fécondes ; critiquées pour leur caractère réformiste en 1968, elles sont venues bien davantage se briser sur les ravages du libéralisme économique mondial et sur la volonté de soumettre à la loi de l’argent la santé, l’éducation et la culture. Il faut organiser une nouvelle résistance en attendant que la lutte pour l’épanouissement humain puisse reprendre son élan.

1968 a donné un statut convenable à la psychiatrie et aux psychiatres. Mais les malades mentaux attendent encore la considération : la majorité d’entre eux ne sont plus internés ni même hospitalisés, mais ils sont loin d’être convenablement soignés. Des locaux adaptés et entretenus, des équipes suffisantes en nombre et engagées dans un procès de formation permanente sont les conditions préalables à tout travail psychothérapique dans les structures publiques et associatives. Dans la pratique privée, il convient que l’acte psychiatrique cesse d’être dévalorisé comme si la relation humaine ne valait rien. Le travail des psychologues cliniciens, titulaires d’un D.E.S.S. ou d’un diplôme équivalent, devrait pouvoir bénéficier d’une prise en charge. Mais il convient de laisser libre l’exercice de la psychanalyse et des psychothérapies, car nous savons que de grands psychanalystes sont venus à sa pratique à partir de formations très diverses. A une époque où beaucoup de nos malades, mais aussi nos chefs d’Etat, consultent des voyants et des astrologues plus nombreux que les psychothérapeutes, il est vain de légiférer : aucune loi ne pourra éliminer les charlatans dans tous les domaines !

En période de crise économique, tout coûte trop cher (en particulier, la santé), et c’est dans ce contexte qu’on veut tout mesurer. Les évaluations proposées sont conçues pour des gestes techniques quantifiables, comme il en existe relativement en médecine et en chirurgie. Toutefois, elles poussent à un retour à l’inhumanité dans les hôpitaux puisque les temps de parole avec le patient à l’occasion des soins n’étant pas prévus, ils sont considérés comme du temps perdu. Elles méconnaissent l’importance des relations humaines privilégiées que suppose l’exercice de la psychiatrie, le fait que les soignants ne sont pas interchangeables auprès des divers patients et la nécessité de respecter les rythmes propres des soignants et des soignés si nous voulons un travail de qualité. Nous devons dire et répéter sans cesse que, en psychiatrie, le plateau technique, c’est les personnes.

Les futurologues se trompent. Personne n’avait prévu les événements de 1968. Je pense quand même que notre société va se remettre en question plus ou moins brutalement ces années-ci. Pourquoi pas à l’occasion du changement de millénaire ? Cela n’arrive qu’une fois tous les mille ans ! Pour la psychiatrie comme pour l’humanité, les aspirations de liberté, d’égalité et de fraternité sont encore un programme neuf. Foin des décisions qui tombent d’en haut, loin des problèmes du terrain, et qui ne sont ouvertes à la concertation que pour leur application. Nous avons besoin de l’imagination de tous les personnels médicaux, paramédicaux, techniques et administratifs pour résoudre au mieux des problèmes difficiles : ceux-ci ne la déploieront que dans un climat vraiment républicain où ils ne craindront pas que les innovations venues de la base soient mal accueillies. Si, contrairement au slogan de 1968, l’imagination ne prend jamais le pouvoir, elle ne permet pas moins de contribuer à changer le monde.

Claude NACHIN
Amiens

 

 

 

 

 

Sur une note

Dans un précédent numéro, nous nous inquiétions de la mention de la raison médicale sur les arrêts de travail. Il nous paraît important de signaler que la LDH (Ligue des Droits de l’Homme) et le collectif "Pour le droit des citoyens face à l’informatisation de l’action sociale" se sont, de leur côté, vigoureusement élevés contre cet article 18 du PLFSS, "en raison du risque manifeste d’atteinte au secret médical". Ils insistent sur le nombre élevé de personnes qui traitent les documents d’arrêt de travail, ce qui multiplie les risques de divulgation des éléments médicaux. De plus, pour les cinq millions de fonctionnaires, les trois volets de l’arrêt de travail sont adressés à l’employeur et parviennent aux services du personnel sans aucun filtrage médical. Ils observent également, à juste titre semble-t-il, qu’en utilisant pleinement les procédures existantes (convocation par le contrôle médical, prise de contact du médecin-conseil avec le praticien), les Caisses ont déjà les moyens de lutter contre d’éventuels abus (LDH-Info, déc. 1999, N° 84).

Un exemple récent ne peut qu’inciter à la plus grande vigilance : un employeur avait montré à tout son personnel l’arrêt de travail établi par un psychiatre pour l’une de ses employées, en l’assortissant de commentaires désobligeants. Fort heureusement, la patiente était alors suffisamment "solide" pour ne pas en être affectée outre mesure.

J-Y.F.

Dans la perspective d’un prochain dossier nous demandons aux collègues concernés quelle est leur expérience de l’obligation de soins, prescrite parfois par la justice pénale, qui conduit certaines personnes vers le cabinet des psychiatres : quelles sont leurs remarques et les éventuelles difficultés à l’usage.

La rédaction

 

 

 

 

Les flancs de l'Aventin

Au cours d’un colloque tenu le 25 février, la FNAPPsy* s’interroge sur la place du malade pour les professionnels de santé mentale.

Bien entendu, on pourrait donner une réponse démagogique, séductrice, humanitaire ou humaniste à cette question. Mais on peut surtout apporter une réponse technique : si la psychiatrie s’est officiellement créée (autonomisée) en 1968, c’est en fonction d’une certaine idée de la maladie, du malade et du soin, selon laquelle il existe des maladies et des dysfonctionnements psychiques (c’est donc une part de la médecine), qui eux-mêmes entament ou entravent la liberté de penser du patient, par le biais de l’angoisse, du refoulement, des mécanismes de défense, etc.

Mais il reste une marge de manœuvre vivante, même dans les situations de détresse ou de détérioration les plus spectaculaires. Et c’est avec cette part vivante que nous travaillons, cette part toujours présente d’appétence relationnelle.

Comme nous savons, en outre, que la gradation entre normal et pathologique est variable et labile, nous travaillons moins contre la part malade (il y a des instruments pour cela, pour la soulager ou la masquer : les médicaments) qu’avec la part vivante, saine, dynamique. Ce devrait être la cas pour tous les médecins. Mais, pour les psychiatres, c’est cette part avec qui est la plus importante, l’essentielle, l’incontournable.

Simon-Daniel KIPMAN
Paris

* Fédération Nationale des Associations de Patients et ex-Patients en Psychiatrie

 

 

 

 

 

 

Actualité professionnelle :
le point

 

Pour des raisons d’édition, cet article d’information rédigé fin février ne prend pas en compte l’actualité survenue ultérieurement.

1. Télétransmission

Les pressions des Caisses s’accentuent. Certaines commencent à réclamer le remboursement de la prime de 9.000 F, d’autres menacent de ne plus participer aux prises en charges des cotisations sociales des médecins du secteur 1, d’autres encore adressent aux médecins des menaces de déconventionnement à peine voilées. Le directeur de la CNAMTS évoque un paiement des feuilles de soins "papier" à partir du 1er juillet 2000, ce qui n’est pourtant pas prévu dans l’avenant conventionnel.

Nous rappelons que notre consigne est de retarder le plus possible la mise en route de la Télétransmission puisque les conditions actuelles sont inacceptables. Aussi, :

2. Enquête sur l’offre de soins en psychiatrie

Une enquête diligentée par le Ministère de l’Emploi et de la Solidarité, sur l’hospitalisation complète en psychiatrie montre, de 1990 à 1997, une diminution de 27,4 % du nombre de lits, soit une suppression de 27.000 lits qui n’ont été remplacés que par 5.000 places d’hospitalisation partielle. La psychiatrie est ainsi l’une des spécialités qui a le plus contribué, ces dernières années, à la restructuration du paysage hospitalier français. Mais de très importantes inégalités régionales demeurent qui demandent à être corrigées.

3. Les dépenses de soins en 1999

Les dépenses de soins remboursables à fin décembre 1999 pour les trois régimes :

 
HONORAIRES
Évolution 99/98
PRESCRIPTIONS
Évolution 99/98
Omnipraticiens
+ 0,8 %
+ 4,9 %
Spécialistes
+ 1,1 %
+ 6 %
Psychiatres
+ 0,8 %
+ 9,3 %
Neuro-psychiatres + psychiatres
- 0,2 %
+ 7,6 %


Si l’on constate pour 1999 une progression des honoraires plus faible pour les psychiatres que pour l’ensemble des spécialistes, l’ensemble neuropsychiatres et psychiatres accuse une baisse légère de 0,2 % ! Par contre, les prescriptions accusent une progression supérieure à celle de l’ensemble des spécialistes. L’interprétation de ces résultats reste à faire.

4. Rencontre entre la CNAMTS et les Syndicats horizontaux

La loi de financement de la Sécurité Sociale impose aux Caisses une négociation avec les syndicats médicaux afin de déterminer l’évolution des dépenses d’honoraires et le respect des objectifs de maîtrise :

Il n’y aura probablement aucune négociation en vue de l’établissement d’une convention pour les spécialistes car les syndicats refusent de négocier dans la logique actuelle d’une maîtrise comptable avec sanctions des professionnels, et les Caisses s’accommodent finalement très bien de cette situation qui leur permet de décider seules !

5. Modernisation du système de soins

Toujours le plus grand flou sur les projets. Trois volets semblent pour le moment retenus :

Le silence de notre nouvelle Secrétaire d’Etat à la Santé à ce sujet est toujours aussi assourdissant !

6. FMC : les projets de l’UNAFORMEC

L’Unaformec vient de rendre publique une "plate-forme FMC" (sur laquelle elle va demander à chaque centrale syndicale de s’engager avant les élections aux Unions Professionnelles) qui préconise une clarification du financement de la FMC en le détachant des conventions médicales et en séparant clairement le financement de la formation des cadres syndicaux à la vie conventionnelle de celui de la formation des médecins à leur exercice professionnel. Elle propose également de soumettre l’ensemble du système de formation au contrôle du "quadripartisme égalitaire" : l’Ordre des médecins, les Syndicats médicaux, l’Université et les Associations de formation continue. Enfin, elle milite pour des "procédures d’assurance qualité" reposant essentiellement sur les Associations régionales et non plus uniquement sur les grandsthèmes de santé publique déterminés nationalement.

7. Manifestations hospitalières franciliennes

L’intersyndicale des psychiatres publics de Paris et d’Ile de France a vivement manifesté pour dénoncer l’étranglement dont sont victimes les quatre hôpitaux psychiatriques et pour demander des attributions budgétaires adaptées.

8. Négociations statutaires hospitalières

Le SPF, comme tous les syndicats, est exclu des négociations en cours. Le Ministère ne reçoit plus les syndicats pour ce type de négociations, mais seulement les trois confédérations syndicales, dont deux se détachent plus particulièrement : la Confédération des Hôpitaux Généraux (CHG) et l’Intersyndicale nationale des PH (INPH). Nous envisageons d’adhérer à l’une d’elles afin d’avoir accès aux négociations en cours ou futures.

9. Rapport du Haut Comité Médical

Un rapport préparatoire à la Conférence Nationale de Santé préconise que la définition du "panier de biens et de services de santé" (le panier des soins remboursables) ne doit pas se baser, comme dans le cas de la CMU, sur une approche uniquement comptable mais qu’il doit reposer sur des critères scientifiquement reconnus et intégrant les besoins de prévention. Il estime par ailleurs que tous les soins ne peuvent pas être pris en charge par l’assurance maladie, que la couverture complémentaire doit jouer son rôle, et enfin que, dans un souci d’équité d’accès aux soins de base, une suppression progressive du ticket modérateur s’impose.

10. Assemblée générale du SPF.

Celle-ci aura lieu le 25 mars à Paris. Les membres du Bureau exposeront leurs réflexions et leurs actions réalisées de mars 99 à mars 2000.

Pierre STAËL
Secrétaire Général SPF

 

 

 

 

Unions régionales des médecins libéraux : VOTEZ !

 

La date des élections aux Unions régionales est fixée au 29 mai. Les résultats de ces élections auront une influence considérable sur l’évolution de la pratique médicale libérale dans les régions pour les six années à venir, mais aussi, au plan national, sur la représentativité des grands syndicats médicaux. Il est du devoir de chaque médecin de participer à ce vote pour défendre à la fois son mode d’exercice et ses idées sur l’évolution de la pratique médicale en France.

Les Unions régionales

Nous avons rappelé dans notre numéro de septembre 99 (N° 87, pp. 11-12) les rôles principaux de ces organismes créés par la loi Teulade en 1993, et encouragé les psychiatres à présenter leur candidature. Elles sont un outil au service

des médecins libéraux dans le domaine de l’évaluation et de l’abord médico-économique comme au niveau de leurs rapports avec les autorités sanitaires et les Unions régionales des Caisses d’assurance maladie. Leurs membres sont élus pour six ans sur des listes présentées par les syndicats médicaux reconnus comme représentatifs.

Des raisons régionales et générales de voter

  1. Des raisons régionales :

    La plupart des décisions concernant l’évolution future des pratiques médicales, tant hospitalières d’ailleurs que libérales, se prendront probablement au plan régional : accréditation, évaluation, expériences diverses (dont le travail en réseau), rénovation des systèmes de garde et de soins urgents, voire mise en concurrence des divers organismes assureurs... Les Unions régionales auront un rôle primordial à y jouer. Rappelons

    La plupart des décisions concernant l’évolution future des pratiques médicales, tant hospitalières d’ailleurs que libérales, se prendront probablement au plan régional : accréditation, évaluation, expériences diverses (dont le travail en réseau), rénovation des systèmes de garde et de soins urgents, voire mise en concurrence des divers organismes assureurs... Les Unions régionales auront un rôle primordial à y jouer. Rappelons

     

    La plupart des décisions concernant l’évolution future des pratiques médicales, tant hospitalières d’ailleurs que libérales, se prendront probablement au plan régional : accréditation, évaluation, expériences diverses (dont le travail en réseau), rénovation des systèmes de garde et de soins urgents, voire mise en concurrence des divers organismes assureurs... Les Unions régionales auront un rôle primordial à y jouer. Rappelons simplement le décret sur l’évaluation des pratiques médicales paru le 28.12.99 (cf. qualité des soins et évaluation) qui donne l’entière responsabilité de l’évaluation des médecins libéraux, à partir de critères fournis par l’ANAES, aux sections (soit généraliste, soit spécialiste) des Unions. La présence effective des psychiatres parmi les élus aux Unions régionales et le poids des syndicats respectifs qui les représentent le mieux, seront encore plus déterminants pour les psychiatres que pour d’autres spécialistes. En effet, d’une façon générale, certaines spécialités chirurgicales ou techniques peuvent facilement se représenter les unes les autres car leur mode de travail et leurs conditions économiques sont semblables. La spécificité du travail des psychiatres (prédominance de la clinique, nécessité du libre accès, actes répétitifs, suivi au long cours et pratique psychothérapique) ne peut se comparer avec aucune autre spécialité si ce n’est, peut-être, la médecine générale.

  2. Des raisons générales :

    La représentativité ultérieure des Syndicats médicaux nationaux dépendra du score qu’ils obtiendront à ces élections. Le syndicalisme médical en France n’est que relativement développé. Pourtant, l’influence des syndicats déborde largement le nombre même de leurs adhérents. Il en est de même, par exemple, pour les syndicats de salariés : leur véritable influence se mesure en général à leurs résultats lors des élections de leurs représentants à l’URSAFF ou aux ASSEDIC. On sait même que c’est une des raisons pour lesquelles ces élections sont si rares !... Les médecins, eux, ont la chance de pouvoir donner leur avis tous les six ans. Il est important qu’ils le fassent et qu’ils en profitent pour appuyer les organisations les plus proches de leurs idées. Les conséquences peuvent en être très concrètes. Prenons l’exemple du libre accès au spécialiste : il dépendra en grande partie des succès obtenus à ces élections par les défenseurs du médecin-référent (MG France) ou d’une médecine plus ouverte (UNOF, branche généraliste de la CSMF). De même, la représentation des spécialités cliniques, dont fait partie la psychiatrie, et la valorisation de leurs actes dépendront de l’équilibre des forces entre les syndicats de spécialistes.

Pour qui voter ?

S’agissant d’un scrutin de listes présentées par les syndicats représentatifs, il n’est pas possible de voter directement pour le candidat de son choix. On votera donc soit pour une liste présentant, en position éligible, le candidat que l’on veut soutenir, soit pour une liste défendant des idées dans lesquelles on peut se reconnaître, au moins partiellement.

Rappelons les forces en présence.

Cette présentation des grandes centrales syndicales est volontairement lapidaire. En fait, comme dans les partis politiques, les différences sont surtout caricaturales au niveau de leur représentation nationale. Sur le terrain, et les Unions régionales travaillent surtout à ce niveau, les nuances sont plus subtiles et dépendent souvent de la personnalité des élus. En dehors des blocages provoqués par MG France, elles n’empêchent pas la considération et le respect mutuels nécessaires à un travail en commun. Il n’est d’ailleurs pas certain que la multiplication des syndicats ait servi la cause générale de la médecine ni celle des médecins.

Au cours de sa réunion du 22 janvier 2000, le Conseil du SPF a proposé à ses adhérents
et au-delà, à tous les psychiatres, les priorités suivantes.

Il est impératif :

1. de voter :

l’abstention est fautive, comme toujours d’ailleurs, car elle entraîne une sur-représentation des positions minoritaires et radicales. La participation au vote renforcera les Unions et les représentants de la profession organisée ;

2. de voter pour les listes présentant un psychiatre en position éligible :

il ne s’agit pas simplement d’un vote corporatiste ; nous avons expliqué plus haut la difficulté pour le fait psychiatrique d’être représenté par d’autres spécialités ;

3. de voter, à défaut de candidat psychiatre, pour les listes CSMF-UMESPE :

les deux syndicats représentant les psychiatres libéraux, aussi bien nous, le SPF, que le SNPP, adhèrent en tant qu’"organisations verticales" à la CSMF et à l’UMESPE qui défendent à la fois :

Rappelons qu’aux dernières élections la quasi-totalité des psychiatres avaient été élus sur les listes CSMF-UMESPE et marginalement, sur celles du SML.

Michel EISELE
Vice-Président

 

 

 

 

 

Psychothérapies, Psychothérapeutes

 

Historique et développement de l’analyse du Syndicat

1. Depuis plus de vingt-cinq ans, le SPF, s’appuyant sur la circulaire Sournia, a toujours défendu l’assimilation de la pratique des psychothérapies à la consultation psychiatrique (CNPSY). Nous nous sommes toujours opposés à une différenciation d’un acte de psychothérapie qui aurait été, en tant qu’acte isolé, sous-coté par rapport à la consultation et qui aurait pu être considéré comme un acte technique autonome pouvant être pratiqué par des "auxiliaire " médicaux. Cette lettre-clé unique a en fait rendu possible des pratiques très diverses, sans grande contestation de la part des Caisses, et les rares problèmes rencontrés ont toujours pu être réglés rapidement après intervention syndicale. Globalement, en terme de nomenclature, le système donnait dans l’ensemble satisfaction (en dehors bien sûr du problème de la sous-valorisation financière constante de la lettre-clé).

2. Après que la première étape de la refonte de la nomenclature des actes techniques fut terminée, celle des des pratiques cliniques s’est engagée il y a maintenant un an. Les psychiatres, dont la pratique et la dimension psychothérapique de leur consultation étaient totalement ignorées (il n’était question que d’examen somatique), sont parvenus à faire reconnaître d’une part la dimension psychothérapique de la consultation psychiatrique et, d’autre part, l’indissociabilité entre psychothérapie et consultation elle-même, ainsi que la quasi-exclusivité de la pratique des psychothérapies par les psychiatres. Rien n’est encore définitivement acquis puisque ces négociations en sont à leurs débuts et doivent franchir beaucoup d’obstacles, mais nous sommes actuellement plutôt sur la bonne voie.

3. Prévoyant des difficultés pour la pratique des spécialités cliniques (et notamment pour la psychiatrie), nous avons au SPF constitué depuis plus de deux ans des groupes de travail et de réflexion qui ont publié différents textes, notamment sur :

Il s’agit de textes à usage syndical, écrits dans un langage accessible à des non-psychiatres ou à des non-médecins, et destinés à nos partenaires tant médicaux que gouvernementaux ou administratifs, que nous avons utilisés lorsque l’actualité en a imposé la nécessité.

4. La pression des psychothérapeutes non-médecins pour faire reconnaître un statut de psychothérapeute s’est brusquement accentuée avant l’été 99, de façon agressive à l’encontre des psychiatres, rabaissés au rang de "dinosaures prescripteurs". Les psychothérapeutes non-médecins n’hésitent pas à s’estimer les seuls psychothérapeutes valablement formés et compétents (mais ils se déclarent cependant prêts à labelliser les psychiatres qui accepteraient de suivre leur cursus) ! Leur but est d’obtenir une reconnaissance dans un quelconque pays européen pour l’étendre ensuite à l’ensemble de la Communauté. Dans le même temps, ils tentaient une démarche auprès de notre Ministre de la Santé.

5. C’est ainsi qu’en juillet 1999, à la demande du Ministère, sous l’égide de l’IGAS et à partir d’un travail de définition des psychothérapies confié à l’AFNOR par les psychothérapeutes non-médecins, se sont réunis un certain nombre de partenaires concernés, dont les syndicats horizontaux de médecins, l’Ordre national des Médecins, la FFP et le SNPP. Nous avions, au SPF, refusé de répondre à l’enquête de l’AFNOR en arguant du fait qu’il s’agissait d’unorganisme denormalisation industrielle, qui ne pouvait se prévaloir d’aucune compétence en matière de soins et de médecine, et que nous ne comprenions pas son intervention dans un domaine strictement médical (nous n’avons donc pas été invités à cette réunion à laquelle nous n’aurions d’ailleurs pas accepté de participer). La CSMF s’est rangée derrière la position de l’Ordre des Médecins qui a été claire et lapidaire, à savoir que les psychothérapies étant des soins médicaux, elles relèvent de la médecine et donc des seuls médecins ! Nous avons ensuite, avec le SNPP, demandé à la CSMF de confirmer cette position par écrit au Ministère.

6. Il nous a paru alors indispensable de nous positionner officiellement sur ce sujet de la pratique des psychothérapies et de le faire connaître tant au plan national qu’européen (via l’UEMS). C’est ainsi que le Conseil a (difficilement) rédigé le texte ci-dessous : il n’est pas parfait mais le résultat d’un choix politique. Nous avons abandonné la position pourtant confortable de l’Ordre afin de tenir compte de la réalité de la pratique hospitalière qui délègue volontiers, et depuis longtemps, la pratique des psychothérapies aux psychologues des services sur indication des praticiens et sous leur supervision. Il ne nous a pas échappé que cette " concession " risquait de se faire au détriment des libéraux qui auraient été "confortés" par la position plus simple de l’Ordre, mais nous sommes restés fidèles à notre vision globale et unitaire de la pratique psychiatrique.

Toutefois, il est devenu alors indispen-sable de différencier les psychothérapies du psychiatre dans leur dimension globale, médicale et psychiatrique (diagnostic psychiatrique et organique si besoin, possibilité d’examens complémentaires et de prescriptions) s’inscrivant dans le cadre de la consultation médicale spécialisée (CNPSY), de celles pouvant être pratiquées par d’autres (tels les psychologues, par exemple) qui n’ont pas cette dimension ; les unes et les autres ne peuvent ni ne doivent être confondues, ni dans les faits ni dans leurs cotations éventuelles, afin qu’une éventuelle reconnaissance (même si elle paraît peu probable) d’un acte psychothérapique (et sa sous-cotation inéluctable) ne puisse se confondre avec les psychothérapies pratiquées par les psychiatres dans le cadre de leur CNPSY. Il en va du devenir des psychiatres libéraux !

7. C’est en octobre 1999 que nous avons appris, par Christian Vasseur, Secrétaire général AFP, le dépôt de la proposition de loi sur l’usage du titre de psychothérapeute par le député Bernard Accoyer. Ce projet, dont nous ne sommes pas demandeurs, est probablement dû à l’instigation des psychologues, puisqu’il prône ce titre uniquement pour les psychiatres et pour eux. Notons que le député initiateur s’est bien gardé de nous consulter malgré le fait que nous lui ayons écrit à deux reprises à la même période (au sujet du PLFFS et de l’obligation de mention de la raison médicale des arrêts de travail) : il nous avait alors répondu sur ces sujets, confirmant ainsi qu’il n’ignorait pas notre existence ! Cette proposition de loi ne nous gêne pas puisqu’elle va dans le sens que nous défendons (à condition que la formation des psychologues concernés réponde à une véritable formation clinique). Mais on peut craindre que cette proposition ne soit combattue par les psychothérapeutes non-médecins, et rien ne dit qu’elle sera adoptée en l’état puisqu’elle émane de l’opposition parlementaire(1).

8. Notre position officielle au SPF sur la pratique des psychothérapies suscite de nombreuses réactions, souvent passionnelles, de la part de confrères qui n’hésitent pas, sous prétexte de purisme ou de dogmatisme, à défendre des positions valables sous certains aspects mais qui iraient au détriment direct des psychiatres eux-mêmes et de leur pratique.

Un syndicat de psychiatres se doit de promouvoir et de défendre les conditions d’exercice spécifiques aux psychiatres et, parce qu’il est aussi un Syndicat de médecins, de veiller à la santé publique et à la qualité des soins, et donc à la qualification de ses collaborateurs. Mais il n’a pas, par contre, à se substituer aux autres Syndicats de professionnels. C’est pour cette raison que, dans notre prise de position sur l’exercice des psychothérapies, comme dans le courrier adressé au député B. Accoyer (cf. Prise de position du SPF), nous avons insisté sur les deux points qui nous paraissent fondamentaux :

9. Un dernier point : il faut améliorer encore puis garantir la formation des psychiatres aux psychothérapies, tant initiale que continue, en relation avec les Universitaires, les Sociétés savantes et en harmonisation avec les instances européennes. Il s’agit pour nous, au SPF, d’une question prioritaire. Non pas qu’il nous appartienne de la formaliser (ce n’est pas dans les attributions d’un syndicat), mais nous devons en susciter la réflexion et la démarche auprès des différentes instances dont c’est la compétence et la responsabilité.

Pierre STAËL
Michel EISELE

Nous attendons avec intérêt les résultats du Colloque mis en place à ce sujet par l’AFP, à l’Assemblée Nationale, le 23 mars.

     

     

Position du SPF sur l'exercice des psychothérapies

     

    L’EXERCICE DES PSYCHOTHÉRAPIES EST UN ACTE MÉDICAL QUI NE PEUT ÊTRE PRATIQUÉ QUE SUR PRESCRIPTION ET SUPERVISION PSYCHIATRIQUES. C’est la condition indispensable pour garantir à la population la qualité des soins.

    Par ailleurs, il nous paraît important que soit très clairement différencié ce qui a à voir avec le psychopathologique et le thérapeutique, et qui seuls renvoient à la notion de psychothérapies, des multiples méthodes qui visent à l’épanouissement personnel et qui ne sont en rien thérapeutiques ou psychothérapiques.

    La prescription des psychothérapies

    C’est au spécialiste qu’est le psychiatre que revient le rôle, de par sa formation et sa compétence médicale globale et psychiatrique, de poser les indications de traitements psychothérapiques structurés en intégrant la psychothérapie proposée dans la meilleure stratégie thérapeutique possible dans un but curatif et préventif. Sa qualification, qu’il est de surcroît seul à offrir, constitue par ailleurs la recon-naissance de sa compétence dans ce domaine et représente précisément la garantie de qualité recherchée.

    La pratique des psychothérapies

    1) Par les psychiatres.

    L’exercice du psychiatre repose sur une reconnaissance universitaire et légale de sa compétence.

    Si la spécificité de la consultation du psychiatre est sa dimension d’emblée psychothérapique, la psychothérapie du psychiatre est, de même, indissociable de la consultation psychiatrique dont elle fait partie intégrante. Elle tient sa spécificité d’une part des aspects particuliers de la Maladie Mentale et de leur approche indirecte par le biais relationnel et, d’autre part, de la place, de la fonction et de la nature de la formation et des connaissances du psychiatre, à savoir :

    2) Par d’autres, non-psychiatres, sur prescription psychiatrique. Elles n’ont pas la dimension médicale et globale de celles du psychiatre et ne sauraient donc se confondre avec elles. Il s’agit de techniques psychothérapiques qui peuvent être pratiquées par des personnes qualifiées dans le cadre d’une indication et d’un suivi, voire d’une prise en charge conjointe, avec un psychiatre responsable qui assurerait la supervision médicale dans une structure adaptée (travail en institution ou en réseau) et à condition que ne leurs soient pas confiées les pathologies particulières et lourdes qui relèvent spécifiquement de la prise en charge spécialisée des psychiatres.

    Ces auxiliaires médicaux devraient pouvoir justifier d’une formation universitaire et clinique jugées comme adéquates.

    Le Bureau

     

    Courrier au député
    B. Accoyer, le 08.12.99

    Monsieur le Député et Cher Confrère,

    Nous vous remercions vivement de nous avoir communiqué le texte de la proposition de loi relative à l’usage du titre de psychothérapeute que vous venez de déposer sur le Bureau de l’Assemblée Nationale.

    Nous souhaiterions faire deux remarques à ce sujet :

    Nous vous prions ...

    Simon-Daniel KIPMAN
    Président SPF

     

     

     

     

Qualité des soins et évaluation

    La qualité des soins est devenue le seul argument opposable tant à la population qu’à nos partenaires institutionnels. C’est elle aussi qui peut, juridiquement et médiatiquement, protéger le corps médical des attaques de plus en plus nombreuses dont il est l’objet. Mais la qualité doit se prouver. Son objectivation a pour corollaire incontournable son évaluation. Plusieurs projets d’évaluation ont vu récemment le jour, dont trois nous paraissent importants :

Devant l’importance pour la profession de participer à la définition de son évaluation plutôt que de la subir passivement, et le fait que toute demande de moyens nouveaux (ne serait-ce qu’une augmentation d’honoraires) doit être désormais justifiée par une augmentation des exigences de qualité, comme la médecine hospitalière en fait quotidiennement l’expérience, voici l’analyse critique faite par le SPF du décret n° 99-1130 du 28.12.99 relatif à l’évaluation des pratiques professionnelles et à l’analyse de l’évolution des dépenses médicales.

Ce décret organise :

  1. l’évaluation individuelle des pratiques professionnelles,
  2. l’évaluation collective,
  3. l’analyse de l’évolution des dépenses.

On note d’emblée que l’évolution des dépenses est mise sur le même plan que l’évaluation des pratiques. Si l’on prend en compte que ce décret a été publié par la Ministre de l’Emploi et de la Solidarité et que l’analyse des chiffres est toujours plus facile que celle des pratiques, on perçoit que le facteur économique est son véritable objet. Pour le gouvernement, il remplace sans doute avantageusement tous les projets avortés d’organisation de la Formation médicale continue. L’organisation pratique de cette évaluation est confiée aux Unions régionales des médecins libéraux. De ce fait, elle remet en selle ces organismes, leur donne une nouvelle légitimité et résout le problème du financement de cette évaluation puisqu’il sera assuré, via les Unions, par les cotisations des médecins. Le décret est formulé assez habilement pour dépasser les blocages récents des Unions, en précisant à chaque paragraphe que ce sont les sections constituant les Unions, c’est-à-dire soit les sections de généralistes, soit les sections de spécialistes, qui organiseront l’évaluation.

L’aspect scientifique de l’évaluation est confié à l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (ANAES), organisme rodé en matière de références médicales et d’accréditation.

1. L’évaluation individuelle des pratiques professionnelles

Chaque médecin pourra, à sa demande, être évalué et disposer ainsi d’une appréciation et de recommandations formulées par ses pairs sur la qualité de ses pratiques en matière de prévention, de diagnostic et de thérapeutique. Cette évaluation se fera à son cabinet par des médecins habilités, à partir de guides d’évaluation professionnelle élaborés par l’ANAES. Elle prendra en compte les recommandations de bonne pratique, les référentiels de pratiques, et les références médicales. Elle sera organisée localement par la section del’Union. Le (ou les) médecin(s) habilité(s) pourra(ont) consulter les dossiers médicaux rendus anonymes. Après une phase contradictoire, ils formuleront par écrit au médecin concerné leurs conclusions et leurs recommandations visant à l’amélioration de ses pratiques. Lorsque le cycle de l’évaluation sera terminé, l’Union informera le Conseil départemental de l’Ordre. Lorsque l’évaluation aura été satisfaisante sans réserve, l’Union adressera à ce médecin et au Conseil départemental une attestation qui pourra être utilisée par le médecin dans les limites du Code de déontologie. Lorsque l’évaluation aura mis en évidence des faits mettant en jeu la sécurité des patients, les médecins évaluateurs le signaleront au médecin et proposeront des mesures correctrices. En cas de refus par le médecin, les médecins évaluateurs seront tenus de transmettre immédiatement un constat circonstancié à l’Ordre des médecins.

Remarques :

2. L’évaluation collective des pratiques

Beaucoup plus facile à organiser par les Unions, l’évaluation collective vise à permettre à chaque praticien de confronter ses pratiques à celles de ses confrères ou à des référentiels validés par l’ANAES. Elle peut se faire sous forme de réunions associant des médecins d’activité similaire en vue de l’analyse de cas cliniques ou de l’analyse des écarts entre l’activité de ces médecins et les références. Cette forme de réunion, de type " cercle de qualité ", existe dans de nombreuses professions (en particulier dans l’industrie), mais aussi pour les médecins dans certains pays (la Suisse, par exemple, où les assurances paient les médecins pour se réunir, estimant que cette dépense est largement compensée par les gains résultant de leur pratique, sans autre mesure coercitive). Ces réunions seront, elles aussi, conduites par les médecins évaluateurs cités précédemment.

3. L’analyse de l’évolution des dépenses

L’analyse de l’évolution des dépenses doit être réalisée trimestriellement par les sections des Unions à partir des données transmises par les Unions régionales des Caisses d’Assurance maladie. Cette fonction de présentation et de comparaison de l’activité et des prescriptions, spécialité par spécialité, reprend ce qui se faisait dans les Commissions conventionnelles paritaires locales des Caisses primaires, commissions ne se réunissant plus en raison du vide conventionnel. Ces réunions devraient permettre d’expliquer aux Caisses l’origine de l’évolution ou du dérapage de certaines dépenses, mais serviront surtout de justification aux lettres-clé flottantes. Globalement, les membres de la commission portent un regard nuancé sur ce décret : il est intéressant puisqu’il essaie de formaliser une évaluation des soins ; par contre, il est nettement orienté vers une évaluation quantitative et formelle. Même dans l’évaluation individuelle des médecins, c’est davantage le respect des textes réglementaires qui est observé plus que l’efficacité des soins, la qualité du geste thérapeutique ou celle de la relation médecin-malade. On peut craindre davantage l’utilisation tendancieuse de ce décret que son application "à la lettre" : la hiérarchisation des médecins et le fait de détourner leur activité thérapeutique vers une attention exagérée aux pratiques référentielles, risquent de nuire à leurs qualités d’écoute et d’adaptation aux besoins des patients.

Le décret risque aussi de convenir à d’éventuels assureurs privés en leur préparant des médecins "évalués". Pour la petite histoire, on pourra noter la rémunération des médecins habilités : elle sera au maximum de 3 C par heure de travail. Serait-ce un repère pour de futures négociations tarifaires ?

Ce décret impose dans l’immédiat une action syndicale dans deux directions :

Michel EISELE
Vice-Président

 

 

 

 

 

Le Prix Charles Brisset 1999 :

Le Trou du Rat
de Jacques TEPHANY
Edition Buchet Chastel

 

TÉPHANY est un conteur...

... celui qu’on aimerait entendre sous les platanes d’un village du Vaucluse quand " le soleil brille fort et donne à notre pénombre une sorte de lumière intérieure ";

... celui qui par courtoisie nous parle en français gardant du provençal, à demi-cachées, ses ailes d’oiseau chanteur et coloré.

Sur la place, il y a un conteur et peut-être sur le mur "une vieille affichette, image de deux clowns qui se tapent sur le ventre"..., mais les clowns sont morts tous les deux à Auschwitz.

Sur la place, il y a un conteur. Après les massacres et la terreur et la trahison, plus de clowns, plus de bateleur. Reste le récit d’une épopée brève et d’une longue nostalgie. De mille morts le conteur recrée la vie. De ses paroles, de ses gestes s’élève un vol d’oiseaux poètes qui narguent les corbeaux, les prédateurs, les " esthètes de la terreur ".

TÉPHANY est un conteur...

O lecteur homme de cabinet et de bibliothèque, tu ne sais plus lire avec ta voix..., tu l’as désappris depuis bien longtemps et tu n’entends plus la voix du texte entre les lignes.

Pourtant Le Trou du Rat ça parle, ça dit à qui veut l’entendre qu’il ne s’agit plus d’un récit de " styliste " : " Ce n’était ni Stendhal ni Chateaubriand qui m’enchantaient, c’était le plaisir de Berguier à m’en entretenir ", et le plaisir de relire ensemble quand tout paraît s’être apaisé, une phrase de Céline (il faut s’en méfier comme de la peste) : " et puis il s’est passé des choses et encore des choses qu’il n’est pas facile de raconter à présent à cause que ceux d’aujourd’hui ne les comprendraient déjà plus ".

Louis Gassin évoque un tout autre Voyage au bout de la nuit, son voyage au Trou du rat et ce n’est certes pas un rat de bibliothèque.

Ami lecteur, lisons ensemble à voix haute ou, comme à la veillée, à mi-voix. Cela commence par " Nous "... et s’achève, 150 pages plus loin : "Nous nous sommes toujours vouvoyé avec Berguier".

Vous découvrez, lecteur, la brutalité..., l’absurdité d’une rafle et tout de suite les personnages sont en place :

ceux qui cognent, cravachent,
frappent, s’affairent à torturer,
et ceux qui souffrent, subissent,
hurlent de douleur,
et la chair est à vif,
et le texte parlé, de ses phrases courtes revêt les corps, se moule sur les mouvements violents qui les agite, enveloppe de noir, d’armes et de casques les lourds automates de la mort.

Ici et là, les pointillés du texte, son halètement -c’est à couper le souffle- exhibent les déchirures, les plaies, les labours des corps suppliciés. Sombre archange, le traite Lamblard officier des Waffen SS règle ces atrocités sous les fresques d’un plafond de bordel peint d’anges nus, de chairs d’amour, roses, blondes.

Tout ira sous terre..., ils sont faits comme des rats..., psalmodie le chœur.. qu’on imagine autour du conteur.

L’auteur, s’il sait presser la parole, hâter le pas des bourreaux, bousculer le récit, sait encore "carder", tisser sa trame. Ainsi le Rat nous fait signe d’une étape à l’autre tandis que le soleil...

"la bâche est fermée, il fait sombre mais de courts rayons de soleil se posent sur des visages, des mains comme d’infatigables oiseaux".

Le soleil... et la métaphore, le symbole vivifient le second acte du conte où l’on ira, comme une initiation, jusque sous terre dans le royaume des morts.

Que les bourreaux manquent de peu leur cible et voici Gassin, seul, habitant d’un corps en ruine.

Sujet d’un monde en perdition, d’une Apocalypse, il s’enfouit dans la fange, s’enterre dans un cimetière de campagne, rampe au creux d’une faille géologique "le Trou du rat".

"Le Corps, la mère, la Terre sont les racines de la conscience", écrivait Hüsser. Le corps défait se blottit dans une matrice d’où surnagent le rêve, les souvenirs d’enfance, la tendresse maternelle. Entre mort et vie, les "limbes" du Lubéron évoquent un certain Robinson qui, dans les entrailles de son île, redécouvrait l’originaire.

Mais Michel Tournier griffe et gratte sa page dans la tradition du "styliste", Jacques TEPHANY "conte"... et si les phrases s’allongent elles gardent la mesure du souffle et l’inflexion du geste qui les courbe.

Cependant, dans cette histoire de nuit, de forêts, de montagnes, les phrases se regroupent en bouquets de petits bonheurs et de grands élans du verbe qui se fait fougères, lune ou chevreuil.

"Deux yeux sont dans la nuit couronnés de branches et d’étoiles comme un masque cloué au ciel avec deux naseaux palpitants
Un chevreuil veille sur moi ",

Et puis tout à coup cela déboule en staccato :

" Oublié...
Tant de souffrances et de peurs...
Tout oublié...
C’est incroyable...
Oublié...
Tout.
Mais maintenant je me souviens ".

Le rat s’arrache au plus profond de son histoire. Il se hisse vers le soleil qui s’écoule à grands jets droit dans la gorge. Né de la terre, sorti de ses entrailles, il émet des cris d’enfant.

Le versant du salut, c’est l’image de cette femme sous le grand platane d’une terrasse, une maison... et puis le galop de la belle Delage, celui de la locomotive Haut-le-pied, les coursiers de la délivrance.

"Nous avons dit "je" tout du long... jusqu’au moment où les événements par chance nous ont reliés les uns aux autres".

Le conteur nous ramène à l’amitié du chirurgien qui guérit Gassin de ses blessures. C’est encore la guerre, les corps déchirés : médecin, ou presque, Gassin aide Zuccharelli : c’est le monde du "nous", du soin, de la compassion... de la vengeance aussi : non pas "ma" vengeance mais bien plutôt "Notre vengeance".

Cinquante ans plus tard, ils parlent, ils se parlent, Berguier et lui, des vies ... des rencontres, des amours, des morts.

Le conteur prolonge d’une coda le temps du récit et Berguier prend ici toute... sa stature.

Il est là... toujours là, il était "déjà là", comme l’analyste de Lacan..., comme le peintre dans le tableau des Ménines : "Un dernier détail idiot : nous noussommes toujours vouvoyé avec Berguier". Un moment, vous écartez les livres des "stylistes" ; le conteur, dites-vous, a su vous toucher !

Nous remercions l’Alliance Solvay Pharma et Pharmacia & Upjohn qui soutient le Prix depuis huit ans et qui a fait réaliser une édition spéciale de 8.000 exemplaires du Trou du Rat, remise par leurs collaborateurs à chaque psychiatre qui leur en fera la demande.

Michel DEMANGEAT
Président du Jury

Les membres du jury 1999 étaient Jacques-David Beigbeder, Jean-Louis Brenot, Claire Brisset, Rossella Castro, Michel Demangeat, Serge Frajerman, Jean-Louis Griguer, Simon-Daniel Kipman, Jean-Pierre Rumen, Annie Triniac, Christian Vasseur, Florence Depery (Solvay Pharma), Véronique Jamagne (Pharmacia & Upjohn).

LA DÉCOMPOSITION

"Oui !"(1)

Oui, c’est bien, comme tous s’y attendaient, c’est bien "La décomposition" de Anne F. Garréta(2) qui n’a pas obtenu le Brisset.

Je dis "le" Brisset, comme on dit "le" Goncourt, parce que si nous voulons un peu d’écho dans les gazettes(3) il faut commencer par y croire nous-mêmes : il faut "se croire". Et nous avons, nous les jurés du Brisset, fait de ce point de vue un effort méritoire : nous avons fréquenté la même cantine que les Goncourt.

Seul des livres en compétition "La décomposition" aura déchaîné les passions, seul il aura entraîné cette " hainamoration " si particulière qui auréole certaines œuvres. Et que seraient, ô mânes de Hugo, de Gauthier, d’Artaud, une littérature, un théâtre sans tumulte, consensuels ? Un grand défi pour le troisième millénaire ? Ici, le scandale c’est de pourfendre à nouveau cet increvable : le Roman, de tenter d’achever ce que Proust a si bien entamé, et de l’achever précisément sur le texte de "A la recherche du temps perdu".

II s’agira, pour cela, d’éradiquer les personnages, de trucider des tenants lieu de Swann, de Mme de Saint-Loup, de Françoise, de Bergotte après qu’ils sont baptisés au terme d’un subtil comput. C’est une mise en acte de la nomination comme mort de la chose, du baptême comme promesse de mort.

De Quincey et les Beaux-Arts, Breton et la Folie sont apostrophés pour avoir craint de poursuivre jusqu’à l’immotivation. Immotivation psychologique du meurtre qui aura à référer au seul signe et à son immotivation linguistique. La littératuerie n’épargne rien. Surtout pas nos illusions, nos explications psychologiques, romanesques, cette inflation du Moi dans laquelle nous nous leurrons comme se leurrera Françoise qui, à ce seul Sésame : "C’est moi , ouvre la porte à son assassin.

Nous voici donc amenés à "quelque manière nouvelle d’appréhender l’intimité, le mystère des êtres", comme le souhaitait le Président du Jury pour notre prix : prix littéraire de psychiatres qui peuvent bien rêver à un acte d’écriture qui passerait "là où les discours philosophiques et psychologiques ne passent pas", comme Michel Serres l’affirmait quelque jour, et qui conférerait un caractère d’évidence à notre constitution par ce nouage de signifiant, d’image et de viande appelé dans son ensemble et en chacun de ses constituants, à la décomposition.

La mort infligée aux supports de l’identification proustienne ne prendrait pas toute sa valeur sans la possibilité nouvelle d’effacement radical qu’offre l’enregistrement des textes sur Internet. Là, on touche au fantasme sadien d’anéantissement, de seconde mort, de celle qu’on tenta d’infliger à Heine qui figure ici anonymement comme on le fit figurer dans les manuels de l’ère de la peste brune. Mais la vieille chanson de la Lorelei, tapie dans les mémoires (vives?) revient et annule ce projet. La réminiscence contredit à l’installation de la mort comme maître, de la même façon qu’obsession et hystérie se contredisent, en faisant couple, pour aboutir à cette unification sexuée que nous présente l’auteur en son apparence, comme en son expression : au neutre.

Sa splendide et diabolique adresse d’écriture permet enfin à Garréta de convoquer à son sabbat toute la littérature, d’emprunter tous les styles, tous les masques comme on évoque les esprits pour les contraindre à répondre.

Et à moi Desnos souffle que Rrose Sélavy admire "La décomposition" mais ne sait si elle admirera la position dès qu’on la lui fera valoir...

Jean Pierre RUMEN
Ajaccio

(1) Racine (J.) : Athalie, Acte 1, Scène 1, Paris, 1691.
(2) Bernard Grasset, Paris, 1999.
(3) NdT : impact médiatique.

 

 

 

 

Liste des associations nationales de psychiatres de l'Union Européenne et des pays associés

Listing of the National Associations of Psychiatrists from the European Union and from Associate members

L’Association Française de Psychiatrie (AFP) et le Syndicat des Psychiatres Français (SPF) ont le plaisir de vous présenter la première liste des Associations Nationales de Psychiatres dans l’Union Européenne, avec leur nom officiel, leurs dirigeants et leurs adresses. Cette liste n’est exhaustive que pour les pays de l’Union Européenne, car de nombreux autres pays européens ne nous ont pas répondu ou n’ont pas les structures nécessaires. Cette liste constitue un moyen d’échange et de communication indispensable dans une Europe de plus en plus communautaire. Elle demandera à être mise à jour régulièrement et nous espérons pouvoir le faire grâce à l’aide de tous ceux qui y ont déjà contribué et que nous remercions ici. Nous espérons qu’elle correspondra à vos attentes.

The "Association Française de Psychiatrie" and the "Syndicat des Psychiatres Français" are very glad to present you the first listing of the National Associations of Psychiatrists in the European Union, with their official name, addresses and leaders names. This listing is not limited, excepted for the countries of the European Union, because many others countries did not answer or did not have similar structures. This listing constitutes an indispensable way of communication and exchange in a more communitary Europe. It will demand to be up-dated and we hope to have the possibility to do it with the collaboration of all of you who participated in the work of this first listing. Thank you to all of you and we wish that this listing will be useful to each other.

Harald SONTAG
Strasbourg
Chargé de mission Europe
SPF

COUNTRIES OF THE EUROPEAN UNION

PAYS DE L’UNION EUROPÉENNE

1 AUSTRIA AUTRICHE   9 ITALY ITALIE
2 BELGIUM BELGIQUE   10 LUXEMBURG LUXEMBOURG
3 DANMARK DANEMARK   11 NETHERLAND PAYS-BAS
4 FINLAND FINLANDE   12 PORTUGAL PORTUGAL
5 FRANCE FRANCE   13 SPAIN ESPAGNE
6 GERMANY ALLEMAGNE   14 SWEDEN SUÈDE
7 GREECE GRÈCE 15 UNITED KINGDOM ROYAUME-UNI
8 IRELAND